Cette année à Cannes, le cinéma espagnol – et les épreuves de vie qu’il met en exergue – est à l’honneur. Le film Douleur et gloire de Pedro Almodovar a reçu le prix de Meilleur Acteur saluant la grandiose performance d’Antonio Banderas, Viendra le feu d’Olivier Laxe est récompensé du Prix du jury – Un certain regard, tandis que le provocant Liberté d’Albert Serra a remporté le Prix Spécial du jury dans la même section.

Ces trois films, figurant parmi les plus discutés et acclamés de la Croisette, constituent une partie du Focus Espagne, organisé par Les Films de Cannes à Bucarest et soutenus par l’Institut Cervantès de Bucarest, l’ambassade d’Espagne en Roumanie, le Point (lieu culturel indépendant) et l’Institut Ramon Llull. Albert Serra, le nouveau rebelle du cinéma espagnol (désignation largement discutée), sera l’un des invités d’honneur du festival et introduira un triptyque de son travail. En plus de Liberté, vous pourrez aussi visionner La mort de Louis XIV et L’histoire de ma mort.

De surcroît, le programme proposé par l’Institut Cervantès (avec le soutien des archives cinématographiques du Ministère des Affaires Etrangères, les Affaires Européennes en collaboration avec l’Espagne) récompense les talents d’aujourd’hui et d’hier à travers une série de projections des grands classiques du cinéma espagnol présentée à Cannes lors des précédentes éditions. Viridiana de Louis Buñuel, Cria cuervos de Carlos Saura, Bienvenue M. Marshall de Louis Garcia Berlanga et Les Saints Innocents de Mario Camus seront à l’affiche du Focus Esagne.

Le cinéma espagnol, à la différence du cinéma français, italien ou allemand, a longtemps été sous-estimé. La dictature franquiste (1939-1975) en est certainement l’une des principales causes, ayant censuré et muselé les grands talents de son pays pendant plusieurs décénnies. Paradoxalement, c’est en voulant échapper à cette censure, que les artistes ont été stimulés par la création. La mort de Franco a ouvert la voie à toute une génération de cinéastes provocateurs, avec à sa tête, le taureau fougueux, tantôt colérique, tantôt démonstratif : Pédro Almodovar. La guerre civile, la dictature, la vie culturelle isolée imposée par le régime autoritaire a créé une puissante tradition de cinéastes subversifs remmettant en question la « réalité » officielle. Déterminés à lutter contre l’hypocrisie et les apparences trompeuses, les réalisateurs Buñuel, Saura, Erice, et plus tard Almodovar ou Serra, ont créé des œuvres uniques et remarquables peignant un monde où les valeurs bourgeoises s’effondrent, où les apparentes bonnes manières, les manipulations politiques et la courtoise sociale sont littéralement mises à mal. Un cinéma tranché mais aussi sarcastique : « J’utilise toujours l’humour dans mes films, même dans les plus dramatiques » livrait Almodovar au New York Times. Comme en témoignent ces anciens maîtres et nouveaux artistes espagnols, l’Espagne n’a jamais manqué de cible institutionnelle pour en faire un sujet satirique. L’armée, la famille, l’Eglise catholique ou l’aristocratie constituent autant de sujets que de films.

Une autre branche du cinéma espagnol est celle du surréalisme. Le magazine américain Variety écrit au sujet du film Viendra le feu d’Olivier Laxe les propos suivants : « Dans cette belle parabole centrée sur le monde paysan d’Olivier Laxe, l’on devine exactement le climax qui arrive. Ce pouvoir envoûtant et hypnotique tire sa force de l’attente. Un calme très bien rythmé, avant que la tempête, d’une grande rapidité, n’arrive. Ce second long-métrage du réalisateur franco-espagnol confirme la forme maîtrisée et équilibrée de Vous êtes tous des capitaines et de Mimosas, mais apportant ici encore plus de profondeur et de générosité dans l’observation humaine. Le potentiel commercial de Viendra le feu dont l’histoire raconte les déboires d’un pyromane condamné et retournant vivre auprès de sa famille, risque d’être limité. Toutefois, son apparition à Cannes dans la catégorie « Un certain regard » remportant à juste titre le Prix du Jury succédant au triomphe de Mimosas en 2016 à la semaine de la critique, marque une nouvelle étape dans la carrière de l’auteur.

Albert Serra – invité spécial d’honneur pour la section Focus Espagne aux Films de Cannes à Bucarest

« Je ne souhaite pas imposer une interprétation dans une histoire filmique. Je dirais même que je préfère que le public en sache plus que moi sur la signification de mes films. » raconte Albert Serra, artiste et réalisateur dont les films vibrants et provocants puisent leur inspiration dans l’histoire de l’art et la littérature ; caractérisés par les critiques de « perpétuelle violence rétinienne ». De fait, le cinéaste veut que se pose la question de ce qui est acceptable ou non dans l’art.

Né en Espagne en 1975, Serra a étudié la littérature et l’histoire de l’art à l’Université de Barcelone. Liberté a créé une certaine agitation provoquant un scandale à Cannes – festival dont les scandales semblaient impossibles depuis Salo de Pasolini – et dont les remous furent pourtant comparables. Des sites comme Mubi considèrent le film comme appartenant à une catégorie aventureuse, ambitieuse et transgressive obligeant le spectateur à redéfinir ses standards et à les défier. Ce « minimalisme transcendantal » représente un rara avis qui pousse le film aux frontières de l’acceptable loin des récompenses (et c’est parfois l’unique raison de leurs distinctions).

Trois films permettront d’esquisser un portrait de l’auteur et seront suivis d’une discussion :

Histoire de ma mort – projeté le 21 octobre à l’Institut Cervantès.

Casanova rencontre sa nouvelle bonne, témoin des derniers jours de la vie de son maître dans un château en Transylvanie. Le film, tourné en Roumanie, a été récompensé par un Léopard d’or au festival de Locarno. Une tragédie de félons pour certains, peut devenir dans l’univers de Serra une comédie, une suite de compositions numériques chatoyantes, captivantes et lugubres sur fond de lumière naturelle s’éteignant progressivement, et nous enveloppant un peu plus à chaque fois, dans l’ombre de la cape du conte transylvanien. »

La mort de Louis XIV – projeté le 22 octobre, au cinéma Elivre Popesco (Institut Français).

De retour de chasse, Louis XIV ressent une douleur à la jambe qui l’oblige à rester couché. Commence alors la longue agonie du grand souverain français. « La mort de Louis XIV s’inspire d’une histoire vraie. Il ne fait pas voyager, n’ouvre pas une fenêtre sur le monde et fait fi de l’avis du spectateur, tout comme le ferait une pierre. Le film se mêle à l’histoire contemporaine dans ce memento mori d’Albert Serra », déclare le Film Comment.

Liberté – projeté le 23 octobre au cinéma Elvire Popesco (Institut Français)

Juste avant la Révolution Française, un groupe de libertins entraînés par la duchesse de Vézelay s’enfuit pour l’Allemagne délaissant le gouvernement conservateur de Louis XIV. Leur but ? Exporter le libertinage, une philosophie fondée sur le refus de la moralité et de l’autorité qui sonne le début de rencontres audacieuses. « Un film d’art indécent, sans honte et honteux. Oserais-je dire qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre ? », tels étaient les propos du cinéaste Blake William confiés au magazine Filmaker.

Viridiana – réalisé par Luis Buñuel, Palme d’Or à Cannes en 1961

Le fantôme de Franco hante le cinéma hispanique et particulièrement celui de Buñuel, faisant de lui l’un des réalisateurs rebelles les plus enclins à choquer, provoquer et scandaliser. Après des années d’exil liées au régime franquiste, il rentre en Espagne en 1960 pour y tourner Viridiana. Le film parsemé d’écarts, de ménage à trois, et de reconstitutions blasphématoires de La Cène fut interdit en Espagne jusqu’à la mort du dictateur (1975). Aujourd’hui, le public est, d’une certaine manière, immunisé devant l’attaque de ces tabous, mais l’approche ultra cynique de Buñuel s’en voit malgré tout, renforcée.

Bienvenue M. Marshall – réalisé par Luis Garcia Berlanga, Prix International du Film de la Bonne Humeur à Cannes délivré par Jean Cocteau et Mention Spéciale pour le scénario à Cannes, 1953.

Cette comédie imagine l’application du plan Marshall dans un village espagnol et satirise la perception que des citoyens de différents pays peuvent avoir les uns des autres. Dans le cas du film, il s’agit de paysans espagnols et d’une délégation américaine. Le film parvient à interpeller le public tout en étant subversif comme c’est souvent le cas dans le cinéma espagnol. Il s’aventure également sur le territoire surréaliste avec des séquences oniriques mémorables.

Cria cuervos – réalisé par Carlos Saura, Grand Prix du Jury à Cannes en 1976

Quelques enfants acteurs ont eu la chance de briller avant l’âge de 11 ans, dans rien de moins que deux chefs-d’œuvres. Ana Torent fait partie de ces enfants, repérée par Carlos Saura alors qu’il regardait L’esprit de la ruche. Il la recrutera pour jouer aux côtés de Géraldine Chaplin dans son Cria Cuervos. Ce film, un drame énigmatique, place l’enfant dans un contexte domestique pour en faire une allégorie sur l’abandon des enfants sous le régime franquiste.

Les saints innocents – réalisé par Mario Camus (récompensé Meilleur Acteur ex-aequo aux côtés de Francisco Rabal et Alfredo Landa, Prix du jury œcuménique à Cannes en 1984).

Le film a enthousiasmé une grande partie de la critique par sa façon extrêmement réaliste de filmer la vie quotidienne des classes défavorisées de la région d’Extremadura en Espagne sous la dictature franquiste. Basé sur le roman de Miguel Delibes, le film est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleures jamais réalisé sur la dictature.

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Les billets seront disponibles à partir du 1er sur Eventbook.ro.

Les Films de Cannes à Bucarest vous est présenté par Orange Roumanie, le fidèle partenaire de l’événement.

Véhicules officiels du Festival : Renault.

Avec le soutien de : Catena, Apa Nova, Groupama Asigurări.

La dixième édition de Les Films de Cannes à Bucarest est organisée par l’association Cinemascop et Voodoo Films en partenariat avec l’ambassade France et de l’Institut français de Bucarest.

Les Films de Cannes à Bucarest est un projet culturel financé par le Ministère de la culture et de l’Identité nationale, le Centre National de la Cinématographie et réalisé avec le soutien de la SACD / Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques.

Partenaires : Air France, KLM, L’Institut Culturel Roumain, Europa Cinemas, Hôtel Mercure, SERVE, UPS, Eventbook.

Partenaires Medias : Radio România Cultural, Elle, Zile și Nopți, Cinemap, News.ro, Agerpres, Observator Cultural, Igloo, Banchiza Urbană.